Texte libre

Hans-Georg Gadamer (1900-2002)
5 ans après sa disparition, le Père de l'herméneutique contemporaine, je dirais même le "Cheikh" de l'interprétation philosophique est plus que jamais d'actualité. Des réflexions sur sa philosophie sont en cours d'élaboration.
130 ans après la naissance du poète et philosophe Mohammed Iqbal (1877-1938).
Eléments biographiques et philosophiques dans : http://www.allamaiqbal.com/
Michel de Certeau (1925-1986)
20 ans après sa disparition (1986-2006) : l'héritage de Michel de Certeau



Par : Luce Giard

Naissance de Michel, Jean, Emmanuel de la Barge de Certeau le 17 mai 1925 à Chambéry (Savoie), aîné des quatre enfants de Hubert, Eugène de la Barge de Certeau et de son épouse Pauline, Louise, Ursule, Marie, Antoinette de Tardy de Montravel. Il passe son enfance et son adolescence entre cette ville et la maison familiale, une ancienne chartreuse du XVe siècle, toute proche, au sud des Bauges, sauf une année scolaire au collège mariste de la Seyne-sur-Mer, pour se rétablir d’une double typhoïde suivie d’une ostéite. Désormais la mer le fascinera et les deux auteurs qui le marqueront, Montesquieu vers 1940, Surin pour l’histoire de la mystique, seront tous deux de Bordeaux, hommes du rivage océanique, tourné vers l’Amérique. Il parlera souvent des années de guerre, de l’enfermement imposé dans un lieu géographique et social, des maquisards auxquels il s’était lié, courant la montagne pour porter des messages, et plus encore de la rupture qu’avait symbolisée pour lui la défaite de juin 1940 : c’était, définitive, la " défection " du discours patriotique et moral des adultes, avec l’impossibilité de les croire et d’en attendre une direction de vie. 

Après son baccalauréat (latin, grec, allemand en série A, puis philosophie), il suit une double formation, sans parvenir à se satisfaire d’un lieu, d’un milieu, d’une filière, dans la recherche inquiète d’une voie. A l’Université (Grenoble, Lyon, Paris), il obtient deux licences (lettres classiques avec une préférence pour le grec, philosophie), le diplôme de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Ve section, sous la direction de Jean Orcibal), un doctorant en science des religions (Sorbonne, 1960) sur " le Mémorial de Pierre Favre ". Dans l’institution ecclésiale, il fréquente le Séminaire d’Issy-les-Moulineaux aux portes de Paris (1944-1945, et 1946-1947), mais ce milieu sulpicien lui convient mal. Il rejoint le Séminaire universitaire de Lyon (1947-1950) qu’il juge plus stimulant, et sera toujours attaché à la ville de Lyon, secrète, multiple, vivante. Il ajoute à son baccalauréat de philosophie scolastique une licence en théologie, consacre beaucoup d’énergie à l’histoire des textes de la tradition (hébreu biblique, grec néo-testamentaire). Dès son premier séjour à Paris, il a pris l’habitude de suivre de nombreux cours : il fréquentera ainsi l’helléniste Paul Mazon et, au Collège de France, Jean Baruzi vers la finde sa vie, seul, parlant comme si de rien n’était devant une salle déserte, Louis Massignon, etc.

En novembre 1950, il entre dans la Compagnie de Jésus, attiré par le bouillonnement de vie au scolasticat de Fourvière, l’ouverture internationale de l’ordre et la haute silhouette de Henri de Lubac qui enseignait alors aux aux Facultés catholiques de Lyon. Il suit le cursus classique : noviciat et juvénat à Laval (Mayenne) (1950-1953), " un temps d’austérité " non matérielle mais intellectuelle, car la liberté de lire et travailler lui est chichement mesurée ; un an de philosophie au scolasticat de Chantilly (Oise), consacré à étudier Hegel dans le texte avec Joseph Gauvin, " une expérience forte " dont il gardera toujours gratitude à ce guide et à la Compagnie ; un an d’enseignement de la philosophie dans un collège jésuite à Vannes (Morbihan) pour remplacer au pied levé à la Toussaint un professeur malade ; enfin une dernière année de théologie au scolasticat de Fourvière (Lyon). Il est ordonné à Lyon le 31 juillet 1956.

Il avait commencé dès 1950 à préparer une thèse de patristique sur Saint Augustin, comme lieu de transit entre la pensée grecque et la théologie latine, mais la Compagnie lui demande alors de faire des recherches sur l’histoire spirituelle de ses commencements en France. Pendant les années suivantes, il résidera tantôt à Paris, tantôt à Chantilly, s’enfonçant avec ivresse dans le merveilleux fonds ancien de la bibliothèque, complétant sa formation d’historien dans plusieurs séminaires de recherche (avec Alphonse Dupront, Roland Mousnier, Jean Orcibal, etc.). Selon l’usage de la Compagnie, il s’interrompt pour faire un " troisème an " de noviciat dans la résidence de Saint-Martin-d’Albois (Marne) en 1959-1960, puis passe une année, assez dure pour lui, à donner les Exercices à la résidence Manrèse de Clamart (Hauts-de-Seine). Son doctorat sur Pierre Favre achevé en 1960, il entame son travail sur Jean-Joseph Surin auquel il restera désormais attaché. L’étrange destin de Surin l’incite à traverser, pour le comprendre, un pluriel de sciences humaines et sociales. Il s’intéresse en particulier à la psychanalyse, domaine où Louis Beirnaert lui sert probablement d’introducteur. Il commence une analyse, entre en relation avec Jacques Lacan (auquel il marquera toujours un grand respect intellectuel) et fait partie de son Ecole freudienne tant qu’elle existe (1964-1980).


Devenu profès de la Compagnie après ses " grand voeux " (Paris, février 1963), il se voit confier par elle des tâches et des responsabilités dans son réseau de revues. En 1963-1967, avec François Roustang, il dirige la revue " Christus " (trimestriel consacré à la spiritualié surtout ignatienne) et, aux éditions Desclée De Brouwer, la collection de livres qui lui est associée - lui-même y publiera plusieurs titres. A partir de 1967, il rejoint la rédaction des " Etudes " (mensuel de culture générale). Il fait aussi partie du conseil de rédaction de la " Revue d’histoire de la spiritualité " (nouvelle identité de la célèbre Revue d’ascétique et de mystique) et des " Recherches de science religieuse " , plus tournées vers le théologique. Dans chacune de ces revues, il publiera de nombreux articles et recensions, tout en menant de pair ses recherches érudites sur Surin. De ce dernier, il édite d’abord le " Guide spirituel " (1963), puis une massive " Correspondance " (1966), une somme d’érudition courronée par l’Institut et par la Ville de Bordeaux.

En août 1967, un grave accident de voiture, survenu en Savoie, semble compromettre l’avenir : son père, qui conduisait, est indemne, sa mère meurt sur le coup, lui-même est grièvement blessé, notamment à la face, il perd la vision de l’oeil droit. Le premier choc passé, il s’efforce de reprendre le plus tôt possible la tâche. A la recherche en histoire, au travail de rédaction pour les " Etudes " surtout (que dirige Bruno Ribes), s’est ajouté l’enseignement : un séminaire de doctorat en théologie à l’Institut catholique de Paris (1964-1978) ; après mai 1968 et son association aux projets de réforme universitaire, des cours à l’université expérimentale de Paris VIII (Vincennes), d’abord en psychanalyse, puis en histoire (1968-1971) ; ensuite à paris VII (Jussieu), des cours encore et un séminaire de 3è cycle en anthropologie culturelle (1971-1978).

Cependant la période des voyages en Amérique, toujours en relation avec des occasions de travail (conférences, enseignement, recherche), commence dès 1966 avec la découverte émerveillée du Brésil auquel il s’attachera, y faisant des séjours réguliers, puis l’Argentine, le Chili (avant la chute d’Allende), les Etats-Unis (à partir de 1969, tantôt à l’Est, tantôt à l’Ouest), le Canada et le Mexique dernier venu. Il circule tout autant en Europe : en Espagne, en particulier (par hasard de calendrier) au moment de l’agonie interminable de Franco, en Angleterre avec un trismestre comme Fellow à Cambridge (1975), en Belgique (où l’attire souvent le réseau de Marie Beaumont et Georges Thill, entre autres amitiés fortes), en Suisse comme Professeur associé à l’université de Genève (1977-1978), en Italie aux colloques et séminaires d’été d’Urbino (Centre de linguistique et sémiotique, à partir de 1969), etc. Dans ce tourbillon d’activités, il trouve encore le temps de créer et diriger une collection pour ouvrir la théologie aux méthodes des sciences humaines ; ce sera la " Bibliothèque des sciences religieuses ", produite en coédition entre quatre partenaires (Aubier, Cerf, Delachaux et Niestlé, Desclée De Brouwer), une utopie généreuse difficile à coordonner dans la pratique. De 1971 à 1977, il y publiera sept ouvrages de qualité, suscitant des projets originaux (par exemple avec Louis Marin ou Georges Thill), refusant la solution facile de se centrer sur la traduction de titres étrangers.

Dès 1972, il choisit de ne plus collaborer de manière intensive à la rédaction des " Etudes ", pour suivre une nouvelle ligne de recherche sur la culture contemporaine. Il est alors le rapporteur principal du colloque européen d’Arc-et-Senans sur la " prospective du développement culturel " (avril 1972), fait partie du Conseil du développement culturel mis en palce par Georges Pompidou, où il rencontre Roger Caillois, Paul Delouvrier, Jack Lang, et se lie d’amitié avec Françoise Choay : déçu par une conception qui ne s’intéresse plus " à faire de l’expression culturelle le moyen d’une communication et d’une créativité sociales ", et s’efforce de " ramener la culture vers la conservation d’un patrimoine ", il en démissionne en juin 1973. Il continue à réfléchir sur ces questions clés pour l’avenir d’une société, est à cetire directeur de recherche auprès du Ministère de la Culture en 1973-1974 (où il collabore avec Augustin Girard et Geneviève Gentil), puis devient responsable d’un contrat de recherche sur les " pratiques culturelles contemporaines " pour la DGRST en 1974-1977 (avec, comme collaborateurs directs, Pierre Mayol, Marie Ferrier et moi-même, plus une nébuleuse d’interlocuteurs où je me souviens de Patrick Mignon, d’Olivier Mongin, parmi tant d’autres visages).

Il en sortira d’abord " La culture au pluriel " (1974), puis, en relation avec le " laboratoire d’expérimentation et de discussion " que constitue alors son séminaire de 3è cycle à Paris VII, les deux tomes de " L’invention du quotidien " (1980). De ces années datent ses liens avec le Centre Georges Pompidou dont il aimera tout de suite la mobilité utopique et vivante. Comme il le notera plus tard, " Qui aime laville aime Beaubourg " (dans un rapport sur le Centre, écrit en 1983-1984 à la demande de Jean Meheu et publié in " Esprit ", février 1987, pour saluer le 10e anniversaire). D’ailleurs, dès sa fondation en 1974, il est membre du comité de rédaction de " Traverses " où il écrira régulièrement, malgré son éloignement géographique.

car déjà il s’était tourné vers un autre horizon. De 1978 à 1984, il est surtout aux Etats-Unis, comme Professeur titulaire à l’Université de Californie (San Diego). Il en revient en juillet 1984, tout à la joie d’avoir été élu à l’Ecole des hautes Etudes en Sciences Sociales et de rejoindre un " lieu naturel " de son travail d’historien, un carrefour d’amitiés et d’interlocuteurs. Il doit y assurer une direction d’études concernant " l’anthropologie historique des croyances (XVIe-XVIIIe siècles) ". Il fourmille de projets, veut terminer d’abord le tome 2 de " La fable mystique ", rédiger une anthropologie du croire ( à laquelle il a beaucoup travaillé en Californie), reprendre le dossier, autrefois ouvert avec Jean de Léry dans " L’Ecriture de l’histoire " (1975), des récits de voyage en Amérique, à partir de deux séries, l’une vers le Brésil, l’autre vers la Nouvelle-France.

Mais il aura à peine plus d’un ans pour enseigner à Paris. Imprévisibl, la maladie se dévoile en juillet 1985, impose très vite une grave opération, un long été à l’hôpital. Il sait aussitôt à quoi s’en tenir, choisit de n’en rien dire et de se battre en silence avec la complicité des plus proches. Il entame une course désespérée contre le temps, s’acharne à reprendre son travail en octobre, à recommencer son séminaire à la date prévue, à achever le second tome de " La fable mystique ". Il enseigne jusqu’à la fin décembre, y consacre ses dernières forces. Il meurt chez lui au soir du 9 janvier 1986, avec une élégance, une fortitude venues d'u’ autre siècle : c’est lui qui réconforte les visiteurs qu’il demande à voir dans les derniers jours, c’est lui qui leur parle d’avenir. Il explique en souriant que les vieux traités sur " l’art de mourir " étaient de bonne lecture, que Surin dans " La science expérimentale " lui avait enseigné l’essentiel sur la vérité du " sentiment intérieur ".

Selon ses souhaits, duranr la messe du dernier adieu (église Saint-Ignace, 13 janvier), on entendra les versets de Paul sur " la folie du Christ " (1Co1, 26-19), un fragment d’un " Cantique spirituel " de Surin, et aussi Edith Piaf chantant " Je ne regrette rien ", dernier signe d’amitié, dernier sourire complice. Il repose au cimetière de Vaugirard (Paris XVè), dans un caveau de la Compagnie de Jésus, tout près de Louis Beirnaert et de Henri Lavalette, qui l’y avaient précédé de quelques mois. Nombreux furent les articles de presse à saluer le voyageur parti pour un " autre pays ". La guirlande des titres dessine à petites touvhes un portrait qui sonne juste " Pèlerin des frontières " (Paul Valadier, Le Monde), " migrateur " (Michel Crépu, Panorama), " Savoyard universel " (Jean Bianchi, La Vie nouvelle, Chambéry), " mystique qui s’ignorait " (Gwendoline Jarczyk, La Croix) et, pour introduire une merveilleuse double page de Libération, cette formule : " le chrétien éclairant ", avec, en sur-titre et petits caractères, ce simple mot qui lui serait allé droit au coeur " compagnon ".

Dans la foule anonyme, un passant disparu ; dans le concert des voix, un silence ; comme il aimait à dire, d’une expression venue des mystiques, " une goutte d’eau dans la mer ".


Bibilographie : 


(1) Bieneureux Pierre Favre, " Mémorial ", traduit et commenté par Michel de Certeau, Paris, Desclée De Brouwer, coll.Christus, 1960, 453p.

(2) Jean-Joseph Surin, " Guide spirituel pour la perfection ", texte établi et présenté par Michel de Certeau, Paris, Desclée De Brouwer, coll. Christus, 1963, 330p.

(3) Pierre Teilhard de Chardin, " Lettres à Léontine Zanta ", intraod. par Robert Garric et Henri de Lubac, éd. par Michel de certeau, Paris, desclée De Brouwer, 1965, 142p.

(4) Jean-Joseph Surin, " Correspondance ", texte établi, présenté et annoté par Michel de Certeau, préface de Julien Green, Paris, Desclée De Brouwer, Bibliothèque européenne, 1966, 1827 p.

(5) " La solitude, une vérité oubliée de la communication " (avec François Roustang et al.), Paris, Descelée De Brouwer, coll. Christus, 1967, 256p.

(6) " La prise de parole. Pour une nouvelle culture ", Paris, Descelée De Brouwer, coll. Foi vivante, 1969, 261p.

(7) " La possession de Loudun " (1970), 2è éd., Paris, Gallimard-Julliard, coll. Archives, 1980, 343p.

(8) " L’absent de l’histoire ", s.l., Mame, coll. Repères, 1973, 185p.

(9) " La culture au pluriel " (1974), 2è éd., Paris, Christian Bourgois, 1980, 256p.

(10) " Le christianisme éclaté " (avec Jean-Marie Domenach), Paris, Seuil, 1974, 119p.

(11) " L’Ecriture de l’histoire " (1975), 3è éd., Paris, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1984, 358p.

(12) " Une politique de la langue. La Révolution française et les patois : l’enquête de Grégoire " (avce Dominique Julia et Jacques Revel), Paris, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1975, 317p.

(13) " L’invention du quotidien ", tome 1 : Arts de faire, Paris, UGE, coll. 10/18, 1980, 374p.

(14) " La fable mystique. XVIe-XVIIe siècle ", tome1 (1982), 2è éd., Paris, Gallimard, coll. Tel, 1987, 414p.

(15) " L’ordinaire de la communication " (avec Luce Giard) et al.), Paris, Dalloz, 1983, 167p.

(16) " Histoire et psychanalyse entre science et fiction ", présenté par Luce Giard, Paris, Gallimard, coll. Folio/essais, 1987, 214p.

(17) " La faiblesse de croire ", texte établi et présenté par Luce Giard, Paris, seuil, coll. Esprit, 1978, XIX-323p.

Mardi 27 décembre 2005
 
La sociologie de Bakhti Benaouda
 
 
Mohammed Chaouki Zine
 
 
Cet article se veut à la fois un hommage à Bakhti Benaouda (1961-1995) et à Jacques Derrida (1930-2004), deux intellectuels qui se sont parlés au téléphone et ont gardé un contact par la voie postale sans jamais se rencontrer. La communication était plutôt conceptuelle avec l’invocation douée de respect et d’amitié qui se sont livrés mutuellement. Rien ne le montre bien qu’une lettre de Bakhti à Derrida via la revue tunisienne Tropiques : « A jamais… charnellement, tu pousseras le langage vers d’autres recoins, les cils de l’altérité en famille, mais l’admirable forfait des voyelles (car rien n’est dit dans la voix) résistera à la tentation phénoménale des récits, des soins… » (Bakhti, 1995-1996). Dans sa lettre datée du 27 mars 1998, Derrida m’a écrit : « J’ai été très heureux de vous rencontrer à Aix et me voilà de nouveau très ému, bouleversé même par les pages de Benaouda Bakhti. Je ne me consolerai jamais de sa mort, de la façon dont il est mort, et de lui avoir seulement parlé au téléphone, d’avoir seulement lu et essayé, comme aujourd’hui encore, de le comprendre, de l’entendre sans l’avoir jamais rencontré… ». L’émotion de Derrida est perceptible dans ces lignes, lui qui n’a pas cessé de lutter avec ses amis outre-Méditerranée contre la folie meurtrière en créant avec Pierre Bourdieu (1930-2002) le CISIA (Comité international pour le soutien des intellectuels algériens) en pleine tragédie. A vrai dire, la disparition douloureuse de Bakhti et des centaines de journalistes, d’écrivains et d’universitaires l’a bouleversée, lui qui a su garder un lien fort et nostalgique avec son pays natal l’Algérie : il disait à juste titre nostalger (né à El Biar en 1930). Certains aspects de cette amitié Bakhti-Derrida, je les ai exposés dans mon ouvrage Identités et altérités (Zine, 2002). Je voudrais, à l’occasion du 10e anniversaire de la mort de Bakhti, me baser sur l’apport sociologique de cet intellectuel mis en œuvre dans son livre posthume Le ton de la modernité (Bakhti, 1999). Les contributions littéraires et philosophiques ont été largement mises en valeur par plusieurs écrivains qui ont suivi avec intérêt sa pensée, en l’occurrence Bachir Mefti. Pourquoi l’aspect sociologique de l’œuvre de Bakhti ? Tout simplement parce que c’est autour du social et de la socialité qu’il a mobilisé son armada conceptuelle. En lisant son livre posthume ou ses études publiées dans divers journaux et revues, on voit l’accent mis particulièrement sur l’identité, la société la démocratie et la modernité. En effet, dans son approche de la société, Bakhti a su forger un style qui lui est propre, contesté d’ailleurs par ses amis, pour lire et comprendre la complexité du réel dans lequel nous vivons. Je comprends la réticence de certains lecteurs de la façon par laquelle il a formulé ses idées, mais s’il faut exprimer notre vision du monde par un simple sujet-verbe-complément, il serait alors aisé de prétendre détenir la vérité. Le style de Bakhti est certes compliqué et confus, mais il ne fait que suivre la complexité des idées imbriquées sur un réel qui est de surcroît pluriel, divers et enchevêtré. Le style de Bakhti est né d’une observation directe du présent vivant et du quotidien en perpétuel devenir, une observation qui est, en vérité, une manière de voir, un examen attentif de ce qui surgit ici et maintenant comme formes de vie et façons d’agir et de parler.
 
Manières de voir : Bakhti, l’ethnométhodologue de la société algérienne.
Bien qu’il ait bénéficié des diverses théories sociologiques (Edgar Morin, Alain Touraine, Michel Foucault, Jean Baudrillard, Max Weber, etc.), Bakhti était plutôt sensible à ce qui émane dans l’instant présent comme actes et paroles. S’il était proche de Henri Lefebvre dans sa façon de critiquer les structures immuables et aliénantes de la société (schèmes, dogmes, habitus), ce n’est pas par hasard. Lefebvre était un grand théoricien de la vie quotidienne (Lefebvre, 1958, 1961, 1981), d’inspiration marxiste certes, mais excellemment autonome, réfléchie et autocritique. Au moment où Lefebvre élaborait ses théories sur le quotidien, des courants sociologiques outre-Atlantique ont vu le jour comme l’interactionnisme symbolique (Strauss, Mead, Blumer, Goffman) et l’ethnométhodologie (Garfinkel, Sacks, Schegloff), et qui puisent dans le pragmatisme, la théorie de l’action et la sociologie compréhensive. Ce tournant descriptif a marqué les travaux sociologiques et philosophiques ultérieures et ne cesse de s’imposer comme une alternative à des théories trop transcendantales et représentationnistes. Si je qualifie Bakhti d’ethnométhodologue, le terme ethnométhodologie ayant été forgé par Garfinkel (1967), c’est pour désigner avant tout une manière de voir (Coulter, 1990), ou bien une écoute poétique et attentive à ce que les membres de la société font dans la vie de tous les jours et la façon par laquelle ils disent ce qu’ils font, c’est-à-dire rendre leurs actions observables, saisissables et compréhensibles par eux-mêmes et par autrui. Garfinkel appelle ce processus « accountability » (compte rendu), c’est-à-dire les descriptions quotidiennes faites par les acteurs sociaux pour rendre intelligible une action ou une parole. Sans le savoir, sans doute, Bakhti a maintes fois prêté attention au quotidien qui émerge à chaque moment, hic et nunc, pour formuler ensuite une idée sous forme de sentence qui dit le fait émergeant dans sa complexité et son devenir. Il fallait, selon Bakhti, prêter oreille à celui que Garfinkel désigne par l’expression « l’idiot culturel », c’est-à-dire l’indifférence de la théorie et du langage formel et canonisé face aux dits de l’homme ordinaire. Comme on le verra après avec la notion de « la démocratie à venir », c’est cet homme ordinaire qui donne à la démocratie ses assises expressives avant qu’elle soit incarnée dans les institutions et les juridictions. L’idiot culturel dont parle Garfinkel est le mépris que le scientifique (le sociologue en l’occurrence) ou l’intellectuel (y compris le politique) affiche vis-à-vis de l’individu estimant qu’il est dans l’incapacité (l’ineptie ?) de gérer son capital symbolique (d’où la tutelle des institutions politiques et religieuses) ou œuvrer par ses capacités intellectuelles, furent-elles élémentaires et rudimentaires, à l’édification d’un ordre social ou politique. C’est cette conception dédaigneuse et élitiste que Bakhti ne voulait pas cautionner, car le social, le culturel, le politique et l’économique sont édifiés par chaque membre de la société, de l’infime interaction dans un espace familial et jusqu’aux décisions protocolaires émanant du législateur. En observant le réel dans son émergence instantanée, Bakhti cherche moins les relations verticales et hiérarchiques que les rapports horizontaux qui s’effectuent dans les interactions quotidiennes et qui sont créateurs d’un ordre social à la fois solide (par les contrats, les lois, les ententes et les attentes mutuelles) et fragile (concurrence, envie, conflits d’intérêt, etc.). L’œil perçant de cet observateur est de savoir comment un ordre social est possible. Comment se maintient-il ? Comment éviter son éclatement ? Ce n’est pas en recourant aux théories hiérarchisantes et aux politiques égocentriques qu’on pourra préserver la cohésion de cet ordre. Celui-ci ne se maintient que grâce à la négociation, la concession, le dialogue et l’ouverture sur la pluralité des perspectives et la diversité des approches (Bakhti, 1999, p. 130-141). Pour sortir de l’illusion macrosociologique qui pose comme préalable, immuable et sacro-saint l’existence d’une instance supérieure (l’Etat, l’institution religieuse, la mondialisation), Bakhti s’accorde pour dire avec certains théoriciens de la chose sociale (Michel Maffesoli, 1979 ; Michel de Certeau, 1980) qu’un ordre se construit dans les sous-sols de l’activité quotidienne, celle-ci étant un « accomplissement pratique » (Garfinkel, 1967) : les lois se fabriquent dans les actions, les interactions et les transactions houleuses du parlement, la loi physique se fonde dans le bazar des laboratoires et dans la communauté socio-administrative des scientifiques, la gestion du discours eschatologique ou messianique d’une religion se fait entre les murs d’un édifice, etc. Les normes et les valeurs constitutives du réservoir symbolique d’une société ne sont pas simplement inculquées ou intériorisées (Parsons, 1937), mais elles sont réélaborées selon les contextes et les situations. Le membre perçoit ainsi l’espace social dans lequel il se meut à la fois comme champ de contrainte et lieu de liberté. Certes il est pris dans les filets de rapports hétérogènes mais c’est au sein de cette texture qu’il peut tisser ce que Michel de Certeau appelle « arts de faire ». C’est de la materia prima que sont les schèmes, les symboles et les représentations qu’il peut modeler un environnement particulier qui exprime son identité et l’ouvre, par ailleurs, sur l’altérité. Ego et Alter rentrent ainsi dans une interaction qui fait montrer à chacun ses motivations, ses intentions et ses desseins. On sait que Erving Goffman (1973) était sensible à cette mise en scène de l’Ego et de l’Alter dans la dramaturgie sociale. Les préoccupations de Bakhti avaient quelque chose de similaire, lui qui était l’instigateur et le promoteur d’une pensée théâtrale, d’une pensée du théâtre, celle qui s’inspire des jeux de rôle et de la mise en scène de ce que Anselm Strauss nomme les miroirs et les masques (Strauss, 1992), c’est-à-dire les représentations mutuelles en étant chacun le miroir de l’autre et les rôles qu’inspire la persona, le masque que porte chacun pour jouer des rôles différents en fonction des situations. Dans sa manière de voir la société, Bakhti voulait avant tout déconstruire les a priori identitaires qui minent l’individu algérien (l’attachement obsessionnel à l’héritage culturel, politique et religieux dans sa forme la plus conflictuelle : arabe/berbère, arabophone/francophone, démocrate/patriote, etc.) et empêchent une interaction sociale et culturelle basée sur ce que Habermas appelle « l’agir communicationnel » : au niveau des échanges dialogiques, des transactions culturelles, des conventions sociales, etc. Bakhti soulève certains a priori identitaires (le clan, la masculinité ou la phallocratie, le régime patriarcal, etc.) qui n’émanent pas uniquement d’un certain habitus (au sens de Bourdieu) hérité et reproduit, mais se transposent aussi sur la manière de gérer, de gouverner et d’administrer (Bakhti, 1999, p. 78-85). Il est indéniable que se confiner dans ces structures obsolètes c’est avant tout s’assujettir à un mode de penser et d’agir qui ne reconnaît pas l’évolution, la diversité et la flexibilité. Ce mode de vie se cantonne dans des représentations et des perceptions qui ne dépassent pas les formes élémentaires de la sociabilité : un contrat social miné par les conflits et les alliances claniques, l’arbitraire de l’agir, un mode de gouvernementalité basé sur la crispation et le rejet de la différence, un exercice oligarchique du pouvoir politique, économique et intellectuel excluant d’autres voix et d’autres voies possibles, etc. Bakhti pense, en effet, que ces dysfonctionnements sont symptomatiques et caractérisent notre société de part en part. Cependant, des modes de résistance visibles chez les femmes, les ouvriers et les exclus de tout bord tentent de relever le défi et échapper à cette stigmatisation qui les identifie à ce que Derrida appelle le « roué » : une sorte de menace débauchée pour l’ordre, l’oligarchie et la phallocratie. Ces « outsiders » ou figures marginales, au lieu d’être roués (lassés par l’attente d’un idéal chimérique ou d’une promesse différée in situ), s’organisent pour user de leur génie et de leur ruse afin de contourner l’imposable machine panoptique (voir sans être vu) qui se greffe au corps du politique, du culturel, du théologique et de l’économique. Bakhti compte sur ces nouveaux stigmates (la femme, les minorités, etc.) pour donner un souffle rénovateur à ce qu’il appelle « la pensée habitable » (Bakhti, 1999, p. 204), le vivre-avec, l’agir-ensemble, le mitsein, la co-existence. Il est certain que les formes de la différence accordent à l’ordre social et à l’identité revendiquée leur malléabilité au sens d’une ouverture à l’altérité et à l’autocritique, et non pas au sens d’une obéissance aveugle à une autorité supérieure. Bakhti attend de la marge d’imprimer sa marque dans les plis de l’événement, et d’inscrire sa trace dans les institutions du sens qui fondent nos façons de parler, d’agir, de penser et de gouverner. C’est à cette marge (l’homme ordinaire au sens de Michel de Certeau) que Bakhti rend un vibrant hommage dans les vibrations et les variations de son style. On l’aura compris : l’essentiel est de ne pas changer le monde, mais de changer le langage qui agit sur le monde. Si nous devons changer quelque chose, c’est vers le langage qu’il faut tourner. Ce dernier assigne les plus vulnérables dans des grilles de stigmatisation et c’est pour cette raison qu’il nécessite une déconstruction attentive afin de conjurer ses vices et ses sévices.
 
Références :
Bakhti Benaouda (1999), Le ton de la modernité (Ranine al-hadatha), Alger, éd. El Ikhtilef.
Bakhti Benaouda (1995-1996), « A Jacques Derrida qui vient », Tropiques, n°5-6, Tunis.
Certeau Michel de (1980), L’invention du quotidien, Paris, UGE.
Coulter Jeff (1990), Ethnomethodological Sociology, Aldershot, E. Elgar.
Garfinkel Harold (1967), Studies in Ethnomethodology, Englewood Cliffs, N. J., Prentice-Hall.
Goffman Erving (1973), La mise en scène de la vie quotidienne, I- La présentation de soi, Paris, Minuit ; II- Les relations en public, Paris, Minuit.
Lefebvre Henri, Critique de la vie quotidienne (Paris, l’Arche éditeur, coll. « Le sens de la marche ») I- Introduction (1958) ; II- Fondements d’une sociologie de la quotidienneté (1961) ; III- De la modernité au modernisme. Pour une métaphilosophie du quotidien (1981)
Maffesoli Michel (1979), La conquête du présent. Pour une sociologie de la vie quotidienne, Paris, PUF.
Parsons Talcott (1937), The Structure of Social Action, New York, MacGraus-Hill.
Strauss Anselm (1992), Miroirs et masques. Une introduction à l’interactionnisme, Paris, Métailié.
Zine Mohammed Chaouki (2002), Identités et altérités, Alger, éd. de la différence.        
par ZINE publié dans : philozine
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Voir tous les articles

Commentaires

Bien ton blog ! Envie de plus de lecteur ? Pourquoi ne pas venir enregistrer ton blog sur notre annuaire ?

Rendez vous à tous sur : referencement blog annuaire blog

c'est gratuit ! Ca ne vous coutera que 10 secondes ;) SOYEZ LES PREMIERS !
commentaire n° : 1 posté par : referencement le: 24/04/2006 21:54:08
TOMAS Pierre-Yann

Merci pour ces lignes d'une verdeur sans pareil !   C'est toujours un plaisir enivrant que de boire à la coupe d'un puissant et d'apprendre.

Pour ma part, avec 14 auteurs de pays différents nous sommes " l'auteur "  de:

" La rose blanche et l'olivier "

sur:

http://yadiam.over-blog.com/

Nous y parlons de Paix, d'Amour, de Philosophie,  mais aussi de Voyages, de Sciences, de Kabbala, de Soufisme... bref, de toutes les ficelles et cordes que la Poésie nous offre.

PS: n'hésitez pas à laisser un commentaire: nous vous répondrons.
commentaire n° : 2 posté par : TOMAS (site web) le: 26/05/2006 00:52:44

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article

Texte libre

Compte rendu de ma traduction du livre de Hans-Georg Gadamer, fait par Maher Charaf Al-Din et publié dans la revue Qantara (Berlin-Allemagne)  et dans le quotidien libanais Annahar.

فلسـفـة التَّـأويـل

هيرمينوطيقا لغوية 

ماهر شرف الدين

العام 1900، الذي شهد وفاةَ فريدريش نيتشه، شهد ولادةَ أشهر فلاسفة الهيرمينوطيقا في العصور الحديثة: هانس غيورغ غادامير. وفي كتاب فلسفة التأويل، الصادر لدى مؤسسات ثلاث[1]، نقع على مختارات باهرة من الدراسات التي قدَّمها غادامير كمدخل إلى الفكر التأويلي.

                                        

لعقود طويلة، ظلت فلسفة غادامير التأويلية محلَّ قراءات مختلفة وتأويلات متضاربة في خصوص تصوُّره للُّغة: غالبًا ما نُعِتَتْ "تأويلية" غادامير بأنها هيرمينوطيقا لغوية، من حيث إنها تعطي الأولوية والصدارة لعامل اللغة كبُعد كونيٍّ وشامل يشترط الأبعاد الأونطولوجية والأنثروپولوجية كلَّها للكائن: "الوجود الجدير بالفهم هو اللغة." لقد جاء جواب غادامير حاسمًا:

عندما كتبتُ أن الوجود الممكن فهمه وإدراكه هو اللغة، ينبغي أن نفهم من هذا التصريح أن الوجود (ما هو كائن) لا يمكن فهمه في صورته الكلِّية والشاملة، بحيث إن كلَّ ما تحمله اللغة يحيل دومًا على ما وراء (أو فوق) العبارة نفسها.

فالصحيح أن ما عبر عنه الفيلسوف لا يكتفي بنقل إرادة التعبير وبتثبيتها بالكتابة، بل يسعى إلى الاتفاق حول – أو الانسجام مع – الشيء عِبْر التواصل والحوار.

تتوزع كلمة "هيرمينوطيقا" hermeneutics (فن التأويل)، كما هي الحال مع الكلمة المشتقة عن الإغريقية hermeneuein، التي تمفصلتْ مع لغتنا العلمية، في المستويات المختلفة للتفكير. وتدلُّ هذه الكلمة على ممارسة فكرية دليلها الآلية أو الفن. وهو ما يستحضره تشكيلُ اللفظ الذي يدلُّ على "التقنية". يتخذ "الفن" هاهنا دلالةَ الإعلان والتراث والتفسير والتأويل، مثلما يشتمل على فن الفهم كأساس له ودعامة.

ويعتقد غادامير أن مشكل الهيرمينوطيقا لا ينحصر في المشكل المنهجي للعلوم الإنسانية، ولا ينجم عن المناقشات الحالية حول الطرق والأساليب العلمية في التفكير والتفلسف، بل هو مشكل إنساني ينصبُّ حول قدرات الوجود الإنساني. فالاختلاف الذي نقيمه بين العلوم الإنسانية وعلوم الطبيعة غير مُرْضٍ من الجانبين: لا يرضي علماءَ اليوم حَصْرُ هذه العلوم في حلِّ المشكلات (المعرفية) بواسطة قانون النسبوية relativism؛ إذ يؤكد هؤلاء العلماء أن مشكلة اللغة، أو المشكل الألسُني، في الحقول الأساسية للنظرية الحديثة، هو أيضًا مشكل ذو أهمية فائقة، ويشغل مكانةً رئيسية في المناقشات الفكرية المعاصرة.

هـ.غ. غادامير

غادامير، الذي تأثرتْ تأويليَّته بالمنهج الديكارتي في بُعدها الإپستمولوجي، استقلَّ المنحى الأونطولوجي والفني والفلسفي لديه عن صرامة المنهج، عِبْر إدراجه للتصورات المسبقة التي كانت محلَّ شكوك وتحفُّظات في المنهج الديكارتي، الذي أسَّس لفكرة العالم في العصور الحديثة، المبنية على البداهة واليقين. ولأن الشك الديكارتي يستسلم، في نهاية المطاف، لوضاحة المنهج وبداهة الفكرة، قام غادامير بتجنيد الشكِّ النيتشوي الراديكالي. وبدلاً من الاستناد إلى بداهة الوعي المفكِّر نفسه، يستند غادامير إلى فكرة أستاذه هيدغِّر حول التناهي الإنساني، التي تظلُّ فكرةً محوريةً وجوهرية في تأويليته.

تأثير هُسِّرل وهيدغِّر، الذي وجد في فلسفة غادامير المفاتيح الأساسية في بناء فلسفته التأويلية، كان واضحًا في مساره الفكري، حين درس على يديهما الفلسفة في فرايبُرغ، في وقت لم يكن يرى حوله سوى الحضور القوي للكانطية الجديدة والوضعية positivism في المجال العلمي. وقد أقامت ترجمتُه لأفلاطون الدليلَ القاطع على نفوره من "الموضة الجامعية" في عصره.

الفهم الذاتي الذي تمارسه العلوم الإنسانية، في مقابل النموذج العلمي البحت الذي تتمتَّع به العلوم الدقيقة والطبيعية، بقي المشكل الرئيسي الذي شغل غادامير، الوفي للمنحى الأونطولوجي الذي رسمه هيدغِّر، والمتمثل خصوصًا في مسألة اللغة، والتناهي الذاتي الذي تكشف عنه التجربة التاريخية وهيرمينوطيقا الفهم – فهم الذات على وجه الخصوص؛ وهو ما سمَّاه هيدغِّر "المنعطف الأونطولوجي الحاسم" في تجربة الفهم الذاتي. وهذا ينمُّ عن المشكل الذي طرحتْه العلوم الإنسانية، في أواخر القرن التاسع عشر وفي القرن العشرين، كما عالجها وقدَّمها، من وجهة نظر تاريخية وإپستمولوجية، فيلهِلم دلتاي.

لتوضيح معنى التأويل التاريخي، انطلق غادامير من الإخفاق الذي مُنِيَتْ به النزعةُ التاريخية، أو التاريخانية، كما هي الحال لدى دلتاي، منبِّهًا إلى الأبعاد الأونطولوجية الجديدة عند هُسِّرل وهيدغِّر:

لا يمكن للمعرفة التاريخية أن توصف بنموذج المعرفة الوضعانية، لأنها في حدِّ ذاتها عبارة عن تطوُّر يتمتع بخاصيات الحدث التاريخي كلِّها.

في تأخُّر هائل، محتشم، على ما يقول مترجم الكتاب محمد شوقي الزين في مقدمته، نكتشف هذا البحر التأويلي الكبير، الذي أثمر، ولا يزال، مؤلَّفاتٍ وأعلامًا في التأويل المعاصر، أمثال الإيطالي فاتيمو والأمريكي دورتي والفرنسي ريكور.

*** *** ***


"فلسفة التأويل"، الترجمة والتقديم محمد شوقي الزين، صدر لدى المركز الثقافي العربي والدار العربية للعلوم ومنشورات الاختلاف 2006

La liberté de penser, d'écrire et d’agir est universelle. A Robert Redeker, je dis : « Sapere Aude » !

 
A : Mohammed Ahmed El Banki (Bahreïn)
Mes remerciements infinis pour m’avoir intégré dans ton livre (image ci-dessus) sur Jacques Derrida, comme étant le penseur algérien qui cherche une alliance furtive entre la pensée de Derrida et la pensée arabe classique et moderne. Ton témoignage amical est à la fois émouvant et précieux. Mes vœux de prompt rétablissement et de bonne santé !
Mohammed C. Zine

Recherche

Présentation

annuaire de blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus